Avril 2019 : Uniforme de la Garde nationale

Cotes archives : 1A2 n°28, 1A2 n°40, 1A2 n°50, 1A2 n°81, 1A2 n°160, B2 n°9, B2 n°10, 3H9, 3H15

Sources bibliographiques :


Comme toute force chargée de l’ordre public, la Garde nationale se voit doter d’un uniforme national, attribué à chaque français en service. Réglementé officiellement par la loi du 14 octobre 1791, les gardes nationaux ruraux n’ont cependant aucune obligation de le porter.

Au cours du siècle, l’uniforme évolue peu. La loi du 28 prairial an III (16 juin 1795), ne modifie en rien l’uniforme et les marques distinctives mais ajoute des épaulettes aux habits de certaines compagnies et à quelques grades. En 1806, l’empereur Napoléon 1er laisse l’uniforme de la Garde nationale sédentaire tel qu’il existe déjà et n’en modifie que les boutons. Ceux-ci sont blancs marqués d’une couronne d’olives et de chêne entourant les mots « Garde nationale ». Les compagnies de grenadiers et de chasseurs se distinguent par des boutons portant la mention « Garde nationale » au centre avec une grenade pour les premiers et un cor-de-chasse pour les seconds. En 1812, le contexte militaire fait que l’empereur mobilise 80 000 gardes nationaux sédentaires dans toutes la France et les envoie en soutien à l’armée. Leur uniforme, calqué sur celui des troupes de lignes, comporte des boutons de métal blanc, ornés d’un aigle accompagné de la mention « Premier ban de la Garde nationale ».

En 1816, le roi Louis XVIII souhaite mettre fin au coût devenu très onéreux de l’uniforme de la Garde nationale. Celui-ci s’étant retrouvé agrémenté d’insignes et d’objets superflus et ruineux, l’ordonnance du roi, publiée le 11 janvier 1816, le simplifie pour des raisons économiques et le fixe selon l’article affiché ci-contre.

Ces changements ne s’appliquent qu’à la Garde nationale des départements du royaume de France ; la Garde nationale parisienne, quant à elle, conserve son uniforme.

Suite à la Révolution de Juillet 1830 et à l’instauration de la monarchie de Juillet, la Garde nationale bénéficie d’un nouveau souffle, sous l’impulsion de Gilbert du Motier marquis de La Fayette (1757-1834), Général Commandant en chef des Gardes nationales du Royaume. Ce nouvel engouement permet une refonte de l’uniforme pour les communes rurales, toujours plus économique pour les populations les moins aisées. Cet uniforme, validé par le marquis de Lafayette lui-même, est le seul modèle officiel autorisé. Des catalogues de fournitures et d’habillements sont expédiés à toutes les communes de France pour leurs permettre d’équiper leurs gardes nationaux, officiers et sous-officiers inclus.

Habits :

La blouse est bleue en toile de chanvre ou de lin. Le collet est en serge rouge, tout comme son revers, et ouvert sur le devant. La blouse se ferme par trois boutons en corne noire fondue et se resserre à la taille par un fil noir passé dans une coulisse.
Les poches longues sont agrémentées d’un passepoil rouge et de boutons.
Les manches larges en haut sont terminées par un revers (parement) rond, doublé en toile bleue et garni d’un liseré rouge et de deux boutons en corne fondue sur le côté.
La base de la blouse est cousue d’un galon en laine rouge.
Le pantalon est bleu en hiver et blanc en été.
À Troyes, les boutons sont en métal blanc et ornés en leur centre, d’une grenade pour les grenadiers et d’un cor-de-chasse pour les chasseurs. Les mots « Liberté, ordre public » viennent entourer les deux symboles.

Ceinture :

En laine tricolore doublée par une toile écrue. Les deux extrémités sont garnies de cuir noir ; d’un côté sous forme de bande ornée de deux boucles en métal blanc, et de l’autre côté sous forme de deux lanières.

Chaussures :

Bottes avec guêtres blanches pour l’été et noires pour l’hiver.

Baudrier de sabre et Giberne :

La giberne est en cuir noir ciré ornée normalement d’une grenade pour les grenadiers et d’un cor-de-chasse pour les chasseurs. Le porte-giberne et le baudrier de sabre sont en buffle uni. Le fourreau de la baïonnette est en cuir noir avec le bout (la bouterolle) en cuivre.

Couvre-chef :

Le shako est en feutre noir. Le modèle arbore un bord supérieur en laine rouge mais à Troyes celui-ci est en velours noir uni. Le dessus est en cuir verni, tout comme le bord inférieur et la visière qui, de plus, est bordée de métal argenté. Le shako est surmonté d’un plumet en plumes de coq tricolores. Une plaque en fer blanc vient orner le devant du shako. Celle-ci est marquée par un coq gaulois, d’un cor-de-chasse pour les chasseurs ou d’une grenade pour les grenadiers, et du numéro de la légion. Elle est également surmontée d’une cocarde nationale en fer blanc peint. Les jugulaires sont en métal argenté d’une seule pièce représentant des écailles avec des attaches (rosaces) en forme de cor-de-chasse ou d’une grenade.
Le bonnet est fait de poil sans cordon ni tresse, orné d’une plaque timbrée d’une grenade ou d’un cor-de-chasse et du numéro de légion. Le bonnet est surmonté d’un plumet tricolore.
À Troyes, quand les gardes sont tenues moins formelles, le shako des chasseurs perd son plumet au profit d’un pompon en boule de laine rouge avec une flamme en laine bleue et blanche. Le bonnet à poil des grenadiers se retrouve, quant à lui, sans plumet.

Épaulette :

En laine, totalement rouge pour les grenadiers ; avec des torsades et une frange rouge et le corps et l’attente (patte) verts pour les chasseurs. Les épaulettes des officiers sont argentées avec des signes distinctifs selon les grades (similaires à ceux de l’armée). La patte est doublée en drap bleu.

La loi de 1851 sur la réorganisation de la Garde nationale évoque peu de détails sur l’uniforme mais le rend obligatoire pour tous les officiers, sous-officiers et gardes nationaux pour les communes dites chefs-lieux de départements, ce qui est le cas de la ville de Troyes. La Garde nationale engage donc des dépenses pour renouveler son matériel et surtout ses uniformes. Les tambours de la compagnie de musique reçoivent 20 tuniques, 20 paires d’épaulettes ainsi que 25 pantalons de drap bleu, 9 ceinturons et 2 sabres poignards pour leur permettre de remplacer les équipements et tenues portées depuis 1846 et qui sont hors d’usage. Le tambour major obtient également un complément d’habillement pour celui qu’il a reçu en 1842 et le tambour maître reçoit un shako. En dehors de la compagnie de musique, les autres gardes nationaux assument eux-mêmes le coût de leur habillement, juste avant leur dissolution en 1852.

Toutefois, la nouvelle loi de mars 1831 (article 68) annonce qu’un nouvel uniforme doit faire l’objet d’une future ordonnance royale et modifier potentiellement le modèle de 1830. Cependant, une circulaire du Ministre de l’Intérieur revient en avril sur cette disposition en indiquant « que le Gouvernement ne peut être dans l’intention de changer l’ancien et honorable uniforme que les Gardes nationales ont spontanément repris à l’occasion de la révolution de juillet » (Recueil des Actes Administratifs, n°19, 1831, p. 207-209).

En 1870, les membres du Gouvernement de la Défense Nationale souhaitent préparer convenablement les hommes de la Garde nationale mobilisée en allouant à chacun une somme de 60 francs pour pourvoir à leur habillement et à leur équipement. Cette somme, due à chaque homme, est versée par chaque Conseil général et, en cas de fonds insuffisants, par les communes. Les gardes nationaux sédentaires, quant à eux, doivent se fournir eux-mêmes et toujours à leur frais.