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Les origines de la rue Émile-Zola

Le rôle des Foires de Champagne

La rue Émile-Zola est née sous l’impulsion donnée par les grandes Foires de Champagne qui se tenaient à Troyes à la Saint Jean en juillet, puis à la Saint Rémi en novembre. Ces Foires ont pris leur forme définitive vers 1160 et ont permis à l’économie locale de se développer largement aux XIIe et XIIIe siècles. En effet, elles constituaient à la fois un lieu de rencontres et un lieu d’échanges commerciaux internationaux importants en Occident.

On y trouvait une très large gamme de produits : de la draperie de laine de Flandre et d’Artois, des soieries, du coton, du cuir, des fourrures et des peaux, mais aussi des épices parmi lesquelles le poivre, la cannelle, le gingembre, le clou de girofle, la cardamone et la muscade, qui avaient beaucoup de succès dans les recettes de cuisine médiévales car elles permettaient d’en relever la saveur. On y trouvait également du bois précieux, de l’orfèvrerie, de l’« alun » d’Asie Mineure pour les teinturiers, de la cire… Tous ces matériaux provenaient des pays voisins de la France comme les Pays-Bas, l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie, mais aussi d’Afrique et d’Orient. À cela rien d’étonnant, la route empruntée par les marchands européens passait nécessairement par Troyes.

Les marchands, épiciers, merciers ou drapiers, ainsi que les changeurs, se sont enrichis grâce aux Foires et se sont peu à peu installés autour de l’église Saint-Jean, origine de la rue Émile-Zola actuelle. Cela vaut à cette rue d’être, depuis le Moyen Âge, la principale artère commerçante et animée de la cité troyenne.

Un nom qui évolue

La rue Émile-Zola est située au centre du Bouchon de Champagne et relie l’actuelle Place de la Libération à la Place Jean-Jaurès.

Jusqu’en 1851, elle était fractionnée en quatre voies afin de circonscrire le champ de recherche des adresses, les numéros de rue n’existant pas à l’époque :

  • La rue Notre-Dame, de l’actuelle Préfecture jusqu’à la rue Raymond-Poincaré : elle a emprunté son nom à un couvent de Bénédictines (aujourd’hui la Préfecture), baptisé Notre-Dame-aux-Nonnains ;
  • La rue de la Fanerie, de la rue Raymond-Poincaré jusqu’à la rue Général-Saussier : c’est l’ancienne rue du marché au foin, aussi appelée rue du Foin en 1331, puis rue de la Fanerie à partir de 1550 ;
  • La rue de l’Épicerie, entre la rue Général-Saussier et la rue de la Trinité : elle tient son nom des produits orientaux que les marchands venant de Provence ou d’Italie notamment, rapportaient des lieux mêmes de production, et que les marchands du Nord de l’Europe venaient acheter à Troyes qui servait de lieu d’entrepôt ;
  • La rue du Marché-aux-Oignons, entre l’actuelle rue de la Trinité et la rue Turenne : elle porta aussi le nom de rue de la Draperie et de la Savaterie en 1188, puis de rue de la Clef-d’Argent (d’après le nom d’un grand hôtel) en 1550.

À partir du 12 août 1851 et suite à une délibération du conseil municipal, les quatre rues sont regroupées et la rue Émile-Zola que nous connaissons aujourd’hui porte dorénavant le nom de rue Notre-Dame. L’appellation rue Émile-Zola est votée plus tard, le 25 juin 1904, d’après le nom du célèbre écrivain né et mort à Paris (1840-1902). Sa veuve envoya d’ailleurs une lettre de remerciements au conseil municipal.

Place de la Préfecture vers 1920Voir l'image en grand Vue sur l’actuelle Place de la Préfecture depuis la rue Émile-Zola, vers 1920. Au fond, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul.