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Entretien avec Thomas Pitiot

Thomas PitiotVoir l'image en grandLa 31e édition du festival se déroule du lundi 22 au samedi 27 octobre partout en ville.

Entretien avec Thomas Pitiot, qui sera en concert mercredi 24 octobre à la Chapelle Argence.

© Thierry Saïz-Camet

Connaissez-vous le festival des Nuits de Champagne et la ville de Troyes ?
« J’y suis venu en 2008. Cela reste un souvenir marquant puisque j’avais eu la chance de participer au Grand Choral avec Bernard Lavilliers et les 900 choristes. Une expérience vraiment inédite ! J’avais aussi présenté mon répertoire au théâtre de Champagne. De cette venue, il me reste des amitiés avec des gens de l’équipe du festival, des chefs de chœur. Et puis quand j’étais plus jeune, j’ai fait les vendanges en Champagne, mais ça ne s’était pas très bien passé. Déjà, je n’étais pas assez productif, et j’organisais des batailles de lancers de raisins. Et puis tous les soirs on mangeait de la tarte au maroilles en buvant du champagne. Et mon corps n’était pas préparé à ça, il l’a difficilement supporté ! »

Vous venez présenter « Allez jouer dehors ! ». Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser un spectacle jeune public, après 15 ans à chanter « pour les adultes » ?
« Tout d’abord, je pense que ma paternité récente m’a encouragé à réaliser ce projet d’album et de tournée, de partir dans cette aventure. Mais ce spectacle est aussi dans la continuité des ateliers d’écriture que j’assure pour les scolaires ou les adultes. J’ai l’habitude de travailler sur des projets pédagogiques mêlant amateurs et professionnels. Je me nourris de ces expériences. Et puis j’ai fait beaucoup d’animations avant de faire de la chanson. En fait, je crois que c’est en moi depuis longtemps, j’ai besoin que les enfants puissent aborder le monde artistique. Je suis né de mes rencontres avec les enfants, c’est donc une évidence de proposer quelques chose à ce public particulier. »

Un atelier chanson pour les enfants de 6 à 12 ans est organisé avant votre concert et une quarantaine de jeunes chanteront 2-3 de vos titres avant votre entrée en scène. Vous êtes un amoureux des ateliers ou chantiers de création, des rencontres avec les enfants…
« Chaque atelier est très différent. Quand c’est court, comme cela le sera à Troyes, on fait beaucoup d’improvisation, on travaille le chant collectif, on écrit ensemble, on chante ensemble, dans le respect de la parole de l’autre, en étant à son écoute. C’est important de bâtir quelque chose en commun et c’est toujours un défi de raconter une histoire ensemble, de faire cohabiter les imaginaires. Dans ces ateliers, il y a toujours des enfants plus à l’aise ; il en faut donc pas qu’ils prennent toute la place, que les plus réservés puissent aussi apporter leur pierre, leurs idées. Pour les thèmes, j’aime que tout viennent des enfants, pas des adultes qui voudraient forcément aborder les Droits de l’enfant ou d’autres grandes thématiques générales. Si on fait ça, les enfants donnent moins, ils veulent juste satisfaire les adultes, donc c’est moins intéressant. Je veux que les enfants puissent délirer, c’est ça qui est marrant. »

Quelles sont les différences entre l’écriture d’un album « normal » et d’un album pour les enfants (paroles, musiques, mélodie…) ?
« En fait, je procède de la même façon. Je ne cherche pas à me mettre ‘’au niveau’’ des enfants. Je reste au même niveau de compréhension que pour les adultes, en tout cas sur le fond. C’est plus sur la forme, le choix des mots qu’il peut y avoir des différences. Je vais beaucoup travailler sur des rythmiques, des morceaux entraînants. Mais j’ai une exigence dans mon travail et un respect de mon public qui restent égaux. De plus, c’est un spectacle qui est à destination des familles, donc il y a différents niveaux de lecture, pour les enfants, les parents. Je ne fais pas de réelle scission dans mes projets, je peux intégrer des chansons de ‘’Allez jouer dehors !’’ dans des concerts qui ne sont pas spécifiquement pour les enfants, ça passe très bien. »

Vos paroles restent éminemment politiques ou sociétales. On y aborde les problèmes de racisme, d’environnement, de sexisme…
« J’ai toujours chanté le voyage, la diversité culturelle, les différences ; toujours dénoncé les injustices. Dans le spectacle, par exemple, la chanson Ma Cousine s’intéresse au sexisme, au fait qu’on dit aux petites filles ce qu’il faut penser, au déterminisme imposé aux enfants dès leur plus jeune âge par rapport à ce qu’il pourront faire plus tard selon qu’ils sont une fille ou un garçon. J’aime avoir une réflexion là-dessus. Dire aux enfants que leur avenir leur appartient, qu’ils doivent s’épanouir, que personne n’a à décider pour eux malgré les pressions sociales, des familles ou de l’Education nationale. L’important, c’est qu’ils écoutent leurs voix intérieures, qu’ils aient des envies précises de ce qu’il veulent faire pour, une fois adultes, ne pas avoir ces frustrations qui touchent beaucoup de gens de ne pas s’être réalisé. Pour moi c’est la clé de la liberté, s’émanciper des peurs transmises par les adultes, surtout dans le climat actuel. A force de prendre trop de précautions, on limite l’intuition des enfants ; or l’intuition, l’inspiration, la créativité, l’imaginaire, c’est ce qui leur permet d’avancer seuls, de ne pas être bridés comme ils le sont trop souvent par les écrans, les télés, Internet. Tout ça, ça leur ferme des portes et moi, j’ouvre des portes vers des horizons, des histoires. Je transmets une éducation populaire. »

Vous chantez aussi dans des hôpitaux, des prisons, écoles, lieux de lutte sociale… Vous êtes un chanteur tout-terrain. La culture, et la chanson en particulier, sont indispensables dans ces endroits ?
« Je suis un chanteur tout-terrain, qui aime aller dans des lieux divers, parfois pour des publics dits empêchés. J’essaie de ne jamais refuser une invitation quel que soit l’endroit tant que ce n’est pas en contradiction avec mes convictions profondes, que je ne me nie pas. Je suis défenseur de la justice sociale, de l’école publique, pour une école qui soit gratuite, laïque et obligatoire, ce qui n’est déjà plus le cas aujourd’hui, entre les frais de transports, de restauration scolaire. Alors je fais des ateliers pour des enfants qui en ont besoin. J’ai besoin d’être en phase avec ce que je défends, il faut que ça ait un sens pour moi et pour ces enfants, que les idées germent en eux, qu’ils acquièrent un sens critique. Nous formons les citoyens de demain, ceux qui j’espère sauveront le monde. Il faut qu’ils apprennent à utiliser leur libre-arbitre. »

Vous avez rendu hommage à Pierre Vassiliu, Jean Ferrat, François Béranger. Vous avez travaillé avec votre père Gérard. Quel est votre besoin de mettre en avant, de rendre hommage à ces poètes de la langue et de la chanson française ?
« Je suis tout autant dans l’hommage à nos pairs, pour ce qu’il nous ont transmis, que dans la transmission permanente aux générations futures. C’est important, quand on est un chanteur citoyen, conscient, de rappeler son héritage, d’où l’on vient, un peu comme le font les griots. Béranger et Ferrat ont porté un regard intelligent sur notre société, ils n’avaient pas peur de prendre position. Je suis très à l’aise avec ces chanteurs qui n’hésitent pas à s’inscrire dans leur présent. Vassiliu, lui, c’est le chanteur voyageur, qui casse les frontières artificielles. Ces chanteurs-là, aujourd’hui, ne feraient pas partie des choix des médias les plus importants, qui veulent de la chanson prétexte plutôt que de la chanson à texte, sans risque de cliver, de brusquer. Je ne suis pas contre ces chansons mais il faut de la diversité dans la création, pas que des préoccupations nombrilistes ou consuméristes. C’est aussi pourquoi j’ai créé, il y a une paire d’année, le festival Aubercaille, chez moi en Seine-Saint-Denis, pour mettre en avant des artistes qui ne mobilisent pas forcément les foules mais qui portent un sens. Un festival libre avec un programme libre. »

Thomas Pitiot est sur la scène de la Chapelle Argence, mercredi 24 octobre à 15h30

www.nuitsdechampagne.com

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