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Entretien avec Juliette

JulietteVoir l'image en grandLa 31e édition du festival se déroule du lundi 22 au samedi 27 octobre partout en ville.

Entretien avec Juliette, qui sera en concert mardi 23 octobre au théâtre de Champagne.

© Yann Orhan

Les Nuits de Champagne ont déjà eu le plaisir de vous accueillir à plusieurs  reprises (1995, 2008, 2012). Quels liens entretenez-vous avec ce festival ?
Juliette Nour : « C’est un festival qui a une belle identité. Tous ces chœurs, ce Grand Choral, ça crée forcément un lien particulier. La problématique des festivals, c’est qu’ils ont tous le même style, qu’ils présentent les mêmes artistes, souvent une accumulation des artistes du moment. Donc avoir un festival qui a su se forger une identité et la conserver. Je pense d’ailleurs que chanter avec le Grand Choral, ce doit être excessivement émouvant, je ne pense pas qu’un chanteur puisse ne pas être touché. En tant que chanteuse mais aussi compositrice, ce serait un honneur d’avoir un jour cette chance, d’avoir l’excitation de retravailler ses chansons, ses compositions. Ce doit être passionnant ! Et puis, même si je ne connais pas bien Troyes, j’aime son centre-ville charmant avec ses maisons  anciennes. »

On connaît bien votre personnalité, exubérante, gouailleuse. A quel type de spectacle peuvent s’attendre les Troyens ?
J. N. : « Quand je suis en concert, c’est comme si le public venait chez moi. Et chez moi, j’aime que ça barde un peu, j’aime râler. Donc mes concerts sont un peu comme ça, exubérants, surtout pas calmes et intimistes. »

N’est-ce pas un paradoxe d’être tant liée à votre piano (auquel vous rendez hommage dans votre album) alors que vous avez une personnalité perçue comme plutôt théâtrale ?
J. N. : « Si et d’ailleurs, pendant un temps, j’avais un peu quitté mon piano. Je ne voulais pas en jouer juste pour dire : ‘’Oh, oh, vous voyez, je sais jouer du piano’’. J’en jouais assez peu car c’est vrai que ça peut être frustrant d’être coincée derrière, j’aime me lâcher comme en 2008, aux Nuits de Champagne, où j’avais chanté L’Homme à la moto en version tango avec Bernard Lavilliers qui était mort de rire. J’en avais été honorée de faire rire ce grand monsieur. Mais j’abandonné mon piano trop longtemps, je trouve aussi ma liberté de musicienne en jouant ; avec ma voix et mon piano, je drive mes musicos qui sont obligés de me suivre. C’est plus de liberté, plus de plaisir ! »

Votre album le clame : « Vous n’aimez pas LA chanson ». Au-delà du titre provocateur, quelles chansons aimez-vous ?
J. N. : « Eh bien pour l’anecdote, je sors fin octobre une nouvelle édition de mon album en version augmentée de quatre titres. Un mini-CD qui s’appelle « La Preuve » (que j’aime la chanson) sur lequel je reprends Padam de Piaf, Les Corons de Bachelet, Ma Préférence de Julien Clerc et Les Brunes comptent pas pour des prunes de Lio. Des versions réadaptées en piano-voix qui rendent hommage à ces chansons ultra-populaires. C’est comme une récréation pour moi de réinventer ces chansons car j’ai un profond respect pour la chanson populaire. Je ne fais pas de hiérarchie dans la musique, j’écoute beaucoup de musiques du monde, pour les sons, les instruments. Je suis aussi touchée par les voix, les timbres, les mélodies, au-delà du sens des paroles. Du coup, je peux vous citer Piaf, Brel ou Nougaro, qui a une voix impressionnante, mais aussi Serge Lama ou Joe Dassin alors que c’est moins mon truc. Mais ils ont une identité vocale forte. »

Vous avez remportez de nombreux prix et pourtant on a toujours l’impression que vous bénéficiez d’une médiatisation moindre que celle qui touche actuellement des chanteurs-chanteuses de moindre d’intérêt, ça vous touche ?
J. N. :
« Oui, même si je me dis que c’est déjà assez miraculeux d’être là. Alors, attention, je ne veux pas faire la fausse modeste, je trouve que c’est assez justifié car j’ai beaucoup travaillé, j’ai poussé mon talent pour que ça marche. Mais c’est surtout pour les artistes très talentueux et qui ne sont jamais mis en avant que cela me gêne. C’est le pouvoir des radios, des maisons de disques, de l’industrie musicale qui veut qu’on fait monter en sauce quelqu’un uniquement par médiatisation. Et je trouve que c’est dommage de le faire avec des gens qui ont peu d’intérêt alors qu’on pourrait tout autant le faire avec des musiciens et des chanteurs qui ont un réel talent. Qu’on puisse les laisser murir, faire grandir leur talent, et non pas les tuer trop vite si ça ne marche pas du premier coup. On ne peut pas forcer des gens à écouter ce qu’ils ne veulent pas entendre, la musique, c’est de l’émotion. Aujourd’hui, on force les gens à écouter des trucs mauvais. C’est une insulte à la richesse de la production et de la création française. On ne vend plus de curiosités. »

Parlez-nous de votre rapport à la procrastination. N’est-elle pas nécessaire pour bien écrire, bien composer, comme un sentiment d’urgence ?
J. N. :
« Ah, j’ai lu un article sur une étude américaine où ils expliquent que les procrastinateurs  sont plus intelligents, qu’il prennent le temps d’envisager différentes solutions au problème pour en tirer la meilleure. Bill Gates disait qu’il préférait engager des fainéants et des procrastinateurs car ils cherchaient toujours la solution la plus simple pour en faire le moins. Moi, je n’arrive pas à faire des chansons à la demande. Je trouve plus confortable d’attendre, d’avoir mes habitudes, et de laisser les choses se passer dans la tête. Ainsi, le travail se fait malgré moi, je vais à mon rythme. De toute façon, le truc des horaires et des obligations, ce n’est pas pour moi. Je trouve ça coercitif et pas naturel. On ne peut pas être efficace 8 heures par jour, c’est contre-productif. Après, j’ai un métier où quand tu es en tournée, tu as pas mal de temps libre, de temps vide, d’attente. Pas toujours facile de se mettre à écrire le matin quand tu as un concert le soir. Mais comme je suis ma propre patronne, c’est vrai que je me gère pour avoir un maximum d’efficacité… et donc je procrastine un peu ! »

Avec Madame et A Carreaux, vous défendez ces femmes qui ne sont pas nécessairement dans les canons de beauté mais qui ont quelque chose à dire, à vivre. Ça vous énerve cette société où on met en avant des mannequins toutes semblables ?
J. N. : « Je regrette surtout l’énorme passivité et la complicité de la société par rapport à la place de la femme. Chacun, individuellement, on est d’accord pour dire que ce n’est pas normal, mais la masse ne fait rien bouger. Ça ne va pas. On n’a pas à dire à une femme comment s’habiller, se comporter, d’être toujours souriante, de bonne humeur, d’accepter les lourds qui draguent… au nom d’une justification par la Nature ! Madame, c’est justement ces femmes qui décident de faire autrement. On n’est pas obligé, en tant que femme, à rechercher le bonheur d’être mère. Tout est fondamentalement injuste. C’est mon côté féministe. Le féminisme, c’est avoir le sens de la justice, et ça concerne aussi les hommes, qui sont nos alliés dans ce combat. Tous ne se conduisent pas mal, et tous ne veulent pas jouer le rôle dominant, avoir des gros muscles et jouer à la guerre. »

On vous connaît aussi amatrice de jeux vidéos…
J. N. : « Oui, j’ai fait mon coming out sur ce point il y a quelques années. Je suis joueuse et je suis aussi présidente du Fonds d’Aide au Jeu Vidéo. J’aime la complexité et la richesse des jeux d’aujourd’hui, que je rapprocherais du cinéma, l’interactivité en plus. J’apprécie la création collective, les compétences mélangées que nécessite l’invention d’un jeu vidéo. Ça fait appel à tous nos sens, à notre réflexion, à notre imaginaire. Et puis il y a la musique, si particulière. Je rêverais de faire la musique d’un jeu vidéo, en travaillant avec quelqu’un dont c’est le métier pour mieux gérer tous les paramètres. Le jeu vidéo, c’est une sorte de catharsis qui me renvoie toujours aux mêmes choses : le cinéma, la musique, la littérature… »

Juliette est sur la scène du théâtre de Champagne mardi 23 octobre à 20h30

www.nuitsdechampagne.com

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