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Brice Baillon : directeur artistique des créations chorales

Brice Baillon directeur artistique des créations choralesVoir l'image en grand

Directeur artistique des créations chorales des Nuits de Champagne depuis 2010, Brice Baillon évoque son parcours, son rôle au sein du festival et cette 31e édition, du lundi 22 au samedi 27 octobre, placée sous le signe de la folk.

© Clément Gardiennet

Press’Troyes : Le thème de cette année, « Le Souffle des Guitares », fait la part belle à trois amoureux de cet instrument : Cabrel, Dylan et Fred Pellerin. Pourquoi eux ?
Brice Baillon : « Cela faisait plusieurs années qu’on avait envie de faire revenir Francis Cabrel. Il était venu en 2000, en duo avec Souchon, et on était frustré de  n’avoir abordé qu’une infime part du répertoire de chacun. C’était donc l’occasion d’appréhender son répertoire d’une autre manière. En même temps, il y avait cette envie d’un lien aux chansons anglo-saxonnes qui nous titille depuis quelques années. Or, l’univers anglo-saxon incontournable, c’est Bob Dylan. Il est hyper légitime dans la chanson folk, par rapport à son écriture, au personnage et en plus c’est un Prix Nobel de Littérature. Et pour nos choristes qui chantent du Souchon, du Lavilliers, Dylan c’est finalement  assez proche. C’est un poète ; il y a un vrai côté qualitatif. Le lien à Fred Pellerin s’est construit autour du triangle France, Amérique et francophonie outre-Atlantique. Au Québec, ils sont baignés très jeunes dans la folk. Chez eux, c’est comme des chansons qu’on raconte, avec des personnages, de vraies histoires. L’idée de Fred Pellerin est venue naturellement, car c’est un conteur, il utilise les mots, sans forcément les chanter, pour emmener les gens dans un univers. Fred Pellerin connaît Cabrel, il admire Dylan, donc tout ça avait beaucoup de sens. Fred nous amène le Québec, nous permettant d’aborder des répertoires, des artistes, que nous n’aurions pas approchés avant. »

En tant que directeur artistique, est-ce différent, dans l’approche avec les chœurs, de travailler sur un univers musical plutôt que sur un artiste invité ?
B. B. : « Tout est plus cohérent car l’univers choisi crée le lien entre les chansons. Mais c’est plus compliqué ! Quand tu pars d’un artiste, tu construis ton spectacle en alternant chansons à forte notoriété et chansons plus « découverte ». Là, il faut faire cohabiter, en 20 chansons, plusieurs plumes, plusieurs sensibilités musicales. C’est beaucoup plus difficile de choisir. Après, il faudrait faire un choral avec 50 chansons, mais on n’en finit plus… Au final, il y a beaucoup plus de travail à la sélection des morceaux depuis deux ans. »

Quel est votre rôle dans la conception du spectacle ?
B. B. : «  Mon boulot, c’est de driver, sur le Grand Choral, une équipe d’une douzaine de musiciens, arrangeurs de partitions pour le chœur, musiciens accompagnateurs sur les répétitions (pianistes, guitaristes), chefs de chœurs qui vont diriger les choristes, metteurs en scène pour l’esthétique. Toutes ces compétences réunies, je me dois d’animer les goûts de chacun, de faire un Grand Choral à l’image des gens qui constituent l’équipe. En février, je leur envoie une pré-sélection d’une cinquantaine de chansons et, selon les préférences de chacun, les incontournables, je fais le choix final. Mais c’est intéressant de pouvoir leur donner la parole et de ne pas être autoritaire. L’essentiel du boulot est donc vraiment en amont. Il faut s’imaginer si une chanson est adaptée à un chœur. Par exemple, la prosodie de Dylan et son placement rythmique des mots, c’est coton ! Il faut aussi qu’à 900, la chanson garde du sens. Avec Barbara, l’an dernier, on avait des chansons assez intimes à faire interpréter par un chœur entier, ce qui n’est pas sans problème. Une fois que la chanson est choisie, on l’harmonise, on enregistre les MP3 d’apprentissage, on l’envoie aux choristes en juin pour fin octobre. Après, dès que les répétitions avec les choristes de l’Aube à l’Unisson ou du Grand Choral ont débuté, c’est trop tard pour faire marche-arrière sur les chansons sélectionnées. Si ça ne marche pas… Mais ça n’arrive pas, car on a 30 ans de Grand Choral derrière nous. Dès que j’entends une chanson, je sais si ça va être évident pour 900 choristes, si on va galérer mais y arriver quand même ou si ce n’est même pas la peine de s’y frotter. Dans 20 chansons, il faut qu’il y en ait la moitié de faciles et évidentes, et on peut se permettre un ou deux challenges, comme un laboratoire polyphonique où, chaque année, on apporte de nouvelles pédagogies, de nouvelles façons de faire, de nouveaux moyens d’émission sonore. En gros, le chœur est composé de pionniers plutôt que de gens qui reproduisent d’une année sur l’autre. »

Juste avant les Nuits, comment dirigez-vous vos équipes ?
B. B. : « Chacun a sa mission qui lui est attribuée, nous avons toujours un organigramme clair. On se réunit plusieurs jours pour faire la phase d’harmonisation, on travaille les détails, la note en trop ou en moins. L’enregistrement des bons outils audio d’apprentissage est également extrêmement important. Pendant une semaine, on s’enferme à cinq dans un studio pour enregistrer toutes les voix. C’est un travail d’orfèvre. Une fois sur place, les 900 choristes ont bossé en amont avec du matériel le plus qualitatif possible, avec des chansons qui ont été triées sur le volet et qui ont du sens, les arrangements sont maîtrisés et bien calibrés. On se retrouve le dimanche à 13h avant le festival, et les gens chantent… que ça pourrait sonner comme ça ! Grâce à l’exigence transmise aux choristes depuis des années, ils se l’approprient et quand, ils arrivent, ils connaissent tout sur le bout des doigts. Les 4-5 jours d’ateliers suivant servent à peaufiner, à travailler avec eux l’engagement corporel, l’interprétation. Une chanson, c’est moins de deux heures de travail, une heure pour les chansons où le chœur ne fait qu’accompagner l’artiste, comme les cinq qu’interprétera Cabrel. Donc tout doit être hyper efficace dans le peu de temps que nous avons. Il vaut mieux avoir tout prévu avant, savoir avec précision où l’on va dans le résultat musical attendu, dans l’interprétation du chœur. D’où l’importance de la pédagogie, de la transmission, de l’expérience. »

Travaillez-vous différemment avec les plus jeunes ?
B. B. : « Non, c’est exactement pareil, car l’âge ne veut rien dire en terme de chœur. On a des personnes parfois un peu âgée mais qui en veulent. Pour eux, la semaine d’atelier choral est comme une cure de jouvence. On travaille beaucoup avec le langage corporel, le corps des choristes, afin de mettre l’engagement individuel au service du chœur. C’est un vrai training, avec des positions assises et debout qui s’enchaînent, les choristes sortent essorés d’un atelier mais ils en redemandent. La différence est plutôt entre ceux qui ont déjà participé ou non. C’est difficile pour les nouveaux, environ un quart du chœur, qui n’ont jamais participé, car on les emmène dans quelque chose de très participatif où chacun a la liberté de s’exprimer. Et ça, c’est énorme ! »

Comment cela se passe-t-il pour monter un festival cohérent et homogène, avec des artistes différents et pourtant réunis au sein d’une même thématique ?
B. B. : « C’est une question qu’on me posait l’an dernier et… j’avais autant peur que les gens qui me posaient la question (rires). Parce que c’était nouveau. Alors je répondais : ‘’Si, si, ça va le faire !’’. Ce qui réunit les chansons, c’est évidemment l’univers folk mais aussi la patte sonore des 900 choristes. Quand ils se mettent tous à chanter, ça crée une unité naturelle. On y ajoute l’accompagnement instrumental, avec trois musiciens cette année, qui va favoriser une atmosphère musicale et qui va faire que des chansons de Cabrel, Dylan et Pellerin vont très bien s’articuler les unes avec les autres. »

Etes-vous chaque fois surpris par le Grand Choral, par la réaction de/des invité(s) ?
B. B. : « Tous les ans ! 900 choristes, tu ne peux pas imaginer ce que ça va rendre. Tu peux espérer un résultat mais les vibrations ressenties à l’intérieur du chœur, surtout en salle de répétition à Beurnonville, où on est entre nous, comme autour d’un feu de camp, il n’y a pas de mot. On est 1000, juste en famille. Ce partage, entre choristes, del’atelier choral, les émotions des chansons, c’est génial ! A Argence, avec les micros, dans un volume très important mais vide, on perd le bénéfice du cocon, les vibrations sont plus diluées. Ensuite, la vraie différence, c’est quand le public est là car on vit des moments de grâce. Les choristes ont envie de transmettre ç ce public tout ce qu’ils ont vécu aux répétitions. Ils ont envie que leur « salaire » en applaudissement soit le plus intense possible. Le samedi soir, les seniors comme les adolescents se disent qu’ils vont devoir attendre un an pour revivre un truc pareil, donc ils donnent tout, il n’y a plus de retenue, et ça donne des chœurs hyper généreux, très ouverts au public. Et puis effectivement, il y a la relation à l’artiste, le partage avec lui, c’est la cerise sur le gâteau. Pouvoir livrer notre interprétation d’une chanson à celui qui l’a écrite, c’est un super bonus ! Tous me racontent que c’est un truc incroyable, même s’ils l’expriment différemment. Pascal Obispo, en 2016, avait été profondément ému ; il avait été retourné par la sincérité de chaque choriste, par l’engagement de chacun dans ses chansons. Bernard Lavilliers, qui a aussi maintenant une fraternité avec ce projet, Tryo, qui viennent tous les ans écouter le Grand Choral parce qu’ils ont envie de ce bain de polyphonie, pour profiter. Tous ces artistes font partie de la famille, on les embarque dans notre magie. Tous sont surpris à différents niveaux, que ce soit la réécriture et la réinterprétation de leurs chansons, mais aussi par la ferveur, le souffle qui les accompagne quand ils chantent avec le chœur et qui leur permet de magnifier leur interprétation. »

Vous avez vous-même fait « vos classes » en tant que choriste sur les Nuits au tournant des années 2000… pour devenir directeur artistique.
B. B. : « Oui, mon parcours est plutôt rigolo puisque j’étais là pour l’édition de 2000 avec Cabrel. Je découvrais le festival cette année-là. Et j’étais… Wouah ! Il y avait 600 choristes à l’époque et une vingtaine d’années de moins d’expérience du festival. On a gagné en qualité à tous les niveaux ensuite. Je me suis attaché au fur et à mesure au projet, à ses valeurs, à l’exigence musicale et à l’humain. Ça a été très fluide pour moi. Comme choriste, j’ai gagné en compréhension de ce qu’il se passait, j’identifiais les visages, je comprenais qui faisait quoi. Petit à petit, je suis arrivé dans le groupe vocal qui est sur le devant de la scène au Grand Choral avec une recherche de plus de professionnalisation de ma part. Puis je tourne le dos à la scène pour diriger un petit groupe vocal, avant de diriger le grand chœur en 2007 sur l’édition avec Véronique Sanson. La première fois où tu diriges les 900, c’est indescriptible. En 2010, je deviens directeur artistique pour les créations chorales. Et là, en 2018, je suis toujours avec mes yeux neufs, sans lassitude, car on se remet en question chaque année et on garde cette volonté de rendre la pratique du chanter ensemble accessible à tous. Lecteur de partition ou simple novice, c’est la motivation des gens qui fait qu’ils sont là. Le lien avec les professionnels de la chanson, c’est aussi incroyable. Fred Pellerin m’en a parlé, on a échangé, il n’arrive pas à se rendre compte de ce que ça va être et quand il me demande de lui expliquer, je ne peux que lui répondre : ‘’Mais il faut que tu le vives !’’ Et avec Fred Pellerin, c’est la première année qu’un artiste va intervenir comme fil rouge dans la soirée en mettant son talent de conteur en avant pour faire du lien entre les chansons. Je pense qu’on va avoir un Grand Choral hors norme, exceptionnel ! »

Sentez-vous que Fred Pellerin est un artiste estampillé « Grand Choral » ?
B. B. : « Oui, c’est sûr. Souvent les artistes ne veulent pas trop se mettre en danger et, une fois sur place, ils s’arrachent les cheveux en se disant : ‘’Mais qu’est-ce que je viens de vivre ?!’’ Fred Pellerin, lui, a saisi l’enjeu de sa participation. Du coup, alors qu’il habite loin, il a envie de s’investir, de mettre du temps pour créer avec nous le Grand Choral, comme Véronique Sanson l’avait fait en 2008. »

Comment se sent-on une fois le festival terminé ? Nostalgique ? Lessivé ? Prêt pour l’année suivante ?
B. B. : « Déjà, avec trois séances de Grand Choral, c’est un vrai marathon. Quand on arrive à Argence le jeudi pour faire les balances, peaufiner l’écoute des uns et des autres, tout bien caler, on est déjà dans l’idée de bien gérer sa voix pour les choristes, de bien gérer son énergie pour nous les chefs de chœurs. Et puis il y a la relation aux médias locaux et nationaux, avec la pression inhérente. En fait, je suis tenu par les nerfs. Le samedi soir, à l’issue de la dernière séance, mon meilleur salaire, c’est quand on se retrouve au gymnase Beurnonville avec tous les choristes qui tombent dans les bras les uns des autres, en larmes pour certains, qui te remercient. Je suis sur mon petit nuage, j’en profite, je finis lessivé mais tellement heureux. Je vis à fond jusqu’à 6 heures du mat’. Et je ne suis fatigué qu’à partir du lundi. Il faut se dire qu’on a un an de boulot pour trois représentations du Grand Choral, donc ça a un petit côté frustrant. Ça commence juste à être bien… et c’est déjà fini. Et plus c’est bon, plus c’est intense… plus ça passe vite. »

Vous souhaitez continuer longtemps ?
B. B. : « Chaque nouvelle édition est très enrichissante pour moi, car je me baigne dans des répertoires que je ne connais pas forcément bien ; j’essaie de m’imprégner au maximum de l’univers choisi, je me laisse émouvoir par les chansons, les interviewes des artistes, leurs valeurs. Après, il faut transformer tout ça en énergie pour le chœur et, du coup, nous n’avons jamais deux éditions identiques. Par exemple, le répertoire de Pascal Obispo, on l’a orienté vers les années soul, gospel, une polyphonie avec beaucoup de générosité, et c’était super beau ! C’est aussi ça qui l’a impressionné, cette sensation de redécouvrir ses textes et ses musiques. Chaque année, on se permet d’être des créateurs, on appose notre filtre sur les chansons avec la chorale. Pour cette année, la question est : comment être folk avec 900 choristes, à 3000 dans l’Espace Argence, tout en ayant le sentiment d’être autour d’un feu de camp ? Pour moi, c’est une chance de travailler là, d’avoir accès à ceux qui écrivent des chansons, les plus belles décennies d’hier et aujourd’hui, à leur répertoire ; des auteurs-compositeurs qui me confiance et me permettent de passer leurs chansons à la moulinette. Les Nuits ont acquis une vraie confiance du métier : les artistes, mais aussi l’entourage des artistes, les producteurs, les médias… C’est suffisamment installé pour donner le maximum même si, toutes proportions gardées, trop peu de gens connaissent le festival. C’est très difficile de se faire identifier, il y a beaucoup de monde sur le même créneau… et puis la période est dure pour les festivals. C’est pourquoi on a aussi choisi de s’ancrer davantage sur le territoire : Troyes, Troyes Champagne Métropole, le département. Si on arrive à être identifiés chez nous, ce sera gagné. Voilà le pourquoi du chœur avec les commerçants, voilà pourquoi on a envie de faire chanter les Troyens. On doit s’adresser aux gens qui sont ici, aux acteurs locaux. Je pense que c’est une bonne idée et qu’on a plein de choses à imaginer pour être plus présents et mieux en parler autour de nous. »

www.nuitsdechampagne.com

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