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Juillet 2018 : L'alimentation en pain

Cotes archives : 6F43, 6F44, 6F45, 6F47, 6F49, 6F51

La guerre, plus longue que prévue, entraine par la force des évènements, une diminution constante des matières premières. Cette situation n’épargne pas la production des céréales qui affecte notamment la fabrication du pain, essentiel à l’alimentation quotidienne de la population civile. Sa qualité et son prix sont dépendants d’une taxation fluctuante liée en partie aux taxes imposées sur les blés et les farines.

Au début de l’année 1915, le préfet de l’Aube constate que la récolte de blés de 1914 a été exportée pour plus de la moitié en dehors du département, ne laissant que peu de ressources pour satisfaire à la fois, les besoins de la population civile locale et le quota demandé pour l’armée (200 000 quintaux, que le préfet a réussi à diminuer à 120 000 quintaux).

En avril, la situation étant difficile à tenir, le préfet réussi à obtenir de l’Autorité militaire la levée des réquisitions pour un temps. Les quantités saisies sont rendues aux cultivateurs. Bien qu’ils en disposent librement, le préfet les invite à vendre leur blé à des prix raisonnables, le but étant à terme, d’éviter une inflation.

En 1916, le département de l’Aube enregistre une récolte relativement satisfaisante, permettant de supposer que les besoins de la population locale peuvent être comblés pour l’année à venir. Cependant, le Ministre du Ravitaillement étant conscient de ce surplus, invoque auprès du maire de Troyes le principe de solidarité pour réduire les inégalités. C’est ainsi qu’une grande partie de la production auboise est confiée à l’Etat afin que celui-ci la redistribue aux départements qui en sont déficitaires.

Malheureusement, l’année suivante est profondément marquée par une récolte de blé assez pauvre. Le pain se retrouve composé à 2/5 de farine de blé et 3/5 de farine d’orge et de seigle, ce qui est contraire à la loi. Il est de mauvaise qualité et difficile à la consommation.

Le 3 août 1917, la situation est plutôt préoccupante et pousse le Président de la République à émettre un décret sur la Réglementation du régime de la boulangerie et de la consommation du pain. Ce décret a pour but de rationner le pain (de 1 à 6 ans : 300 g par jour / A partir de 6 ans : 500 g par jour), d’en contrôler la consommation en instaurant des carnets de pain et d’en superviser la vente.

Pour répondre à la demande de l’Etat, la Ville de Troyes établit le carnet de pain le 15 octobre 1917.

Réglementation boulangerie et consommation du painVoir l'image en grand Affiche du décret sur la « Réglementation du régime de la boulangerie et de la consommation du pain ». Fait par le Président de la République Raymond Poincaré, à Paris, le 3 août 1917. Papier, 49,5x65 cm. Cote archives 6F45.

Affiche Etablisement du carnet de painVoir l'image en grand Affiche sur l’ « Etablissement du Carnet de Pain » à la Ville de Troyes. Publiée par le maire de Troyes, à Troyes, le 2 octobre 1917. Papier, 31,1x40 cm. Cote archives 6F45

Affiche consommation du painVoir l'image en grand Affiche « Consommation du pain ». Publiée par la mairie de Troyes, à Troyes, en septembre 1917. Papier, 55,7x44,7 cm. Cote archives 6F43

En septembre de cette même année, le maire avertie la population et l’invite à rationner le pain pour lui éviter d’en manquer. Cette situation touche toute la France, mais en particulier le département de l’Aube.

Le 24 novembre 1917, le conseil municipal fait un constat officiel sur la qualité du pain de plus en plus médiocre. Lors de cette séance, il décide d’envoyer une délégation, avec l’appui des autres maires du département, pour alerter directement le Ministre du Ravitaillement et le gouvernement sur les inégalités que subit à son tour le département et demander de l’aide afin de bénéficier des productions de blés excédentaires dans le reste du pays.

En février 1918, le Président de la République et le Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement impose une nouvelle réglementation concernant la fabrication, la vente et la consommation de pain.
Celle-ci se voit par exemple réduite de 20%.

Afin de suivre au mieux les instructions de l’Etat, le préfet de l’Aube annonce à tous les maires du département qu’à partir du 16 avril 1918, la distribution de pain est régie par un système de tickets. Celui-ci est intégré au système mis en place concernant la carte individuelle d’alimentation qui permet le rationnement des denrées en général (Voir document du mois de décembre 2014 - http://www.ville-troyes.fr/1185-decembre-2014.htm). Le rationnement du pain correspond au coupon n°1 de la carte individuelle.

Communication rationnementd du painVoir l'image en grand

Ainsi en 1918, les taux de rations de pain sont définis de cette façon :

Catégorie E – Enfants âgés de moins de 3 ans : 100 g par jour.

Catégorie J – Enfants âgés de 3 ans à 12 ans : 200 g par jour.

Catégorie A – Enfants âgés de plus de 13 ans et adultes âgés jusqu’à 59 ans effectuant peu ou pas de travaux pénibles : 300 g par jour.

Catégorie T – Adultes effectuant des travaux de force : 400 g par jour avec possibilité d’un supplément de 100 g par jour fourni par la commune.

Catégorie V – Adulte âgés de 60 ans et plus : 200 g par jour avec possibilité d’un supplément de 100 ou 200 g par jour fourni par la commune, s’ils effectuent des travaux pénibles.

Les femmes enceintes peuvent également obtenir un supplément de 100 ou 200 g par jour.
Ces rations de pain supplémentaires doivent être calculées de manière à ce que le pain quotidien n’excède pas 500 g par jour. Elles doivent faire l’objet d’une demande par écrit auprès du maire, qui peut les faire examiner par l’Office communal du pain.
Quelle que soit sa catégorie, la personne désireuse d’obtenir une ration de pain doit se rendre à la mairie ou dans les lieux de distribution prévus à cette effet, muni du coupon n°1 de sa carte individuelle d’alimentation. Ce coupon lui sera échangé contre des tickets de pain. Un ticket valant 100 g, une personne peut recevoir plusieurs tickets en fonction de sa catégorie. En cas de fraude, les boulangers et leurs clients peuvent faire l’objet de contrôles et de sanctions.

Un traitement particulier est réservé aux militaires et marins en permission ainsi qu’aux voyageurs originaires de départements non soumis au régime des tickets de pain puisqu’ils ont le droit à 300 g de pain par jour le temps de leur séjour.

Les établissements scolaires, médicaux, hôteliers et les restaurants sont également soumis à une surveillance stricte puisqu’ils ne peuvent délivrer de pain qu’à la condition que leurs pensionnaires et clients ne leurs fournissent les tickets de pain correspondant à leur catégorie.

Le 23 mars 1918, le conseil municipal constate une nouvelle fois en séance que le pain est toujours de mauvaise qualité, le qualifiant de « gris, mal levé, immangeable et malsain ». Face à cette situation, le conseil municipal souhaite alerter de nouveau le gouvernement sur les inégalités des quotas prélevés pour la farine de blé et demande de l’aider.

Avis de défaut de painVoir l'image en grand Affiche « Avis – A défaut de pain chez le boulanger ». Publiée par la mairie de Troyes, à Troyes, le 28 juin 1919. Papier, 27,6x22,1 cm. Cote archives 6F43

Malgré la fin de la guerre, les conditions n’évoluant pas dans le bon sens, la mairie de Troyes tente de mettre en place des palliatifs. Ainsi, elle annonce en juin 1919 qu’en cas de pénurie de pain chez le boulanger, elle propose à la population de venir s’approvisionner au sein de ses locaux.

En juillet de cette même année, le maire impose également que le prix du pain s’élève à 0,60 francs au kilo, que ce soit en boulangerie ou dans les dépôts municipaux. Cette pratique vient à se généraliser sur l’ensemble du pays au début de l’année 1920 avec la mise en place de bons pour obtenir du pain à prix réduit.

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