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Documents 2018

Permissions agricoles

Sources archives : 1D59, 3F23, 3F48, 3F49, 4H91, 4H95, 4H140C

Allocutions à tous les français de nos campagnesVoir l'image en grand Allocution « A tous les Français. A toutes les Françaises de nos campagnes ». Dressé par J. MELINE, Emile LOUBET, E. CLEMENTIEL, VIGER, GOMOT, Jules DEVELLE, Emile PLUCHET, E. TISSERAND, Fernand DAVID, 1917. Affiche papier, 56,6x90 cm. Cote archives 4H91

 « (…) Appelant à concourir au grand effort qui doit avoir pour résultats de ne laisser, en ce moment, aucune parcelle de terre en friche. C’est là au premier chef, un œuvre de défense nationale et j’ai la conviction qu’il suffira de faire appel au patriotisme de nos agriculteurs et de tous les défenseurs de l’agriculture pour qu’ils fassent l’impossible. ».
Cette dépêche, formulée le 24 février 1916 par le ministre de l’Agriculture, présente bien le contexte dans lequel évolue le monde agricole en temps de guerre.

Entre l’été et l’hiver 1915, plusieurs circulaires publiées par le ministre de la Guerre accordent et définissent le droit des permissions agricoles. Elles sont alors octroyées aux agriculteurs mobilisés en formations et situés dans la zone intérieure et des Armées. Ils sont envoyés en priorité sur leurs terres mais, au gré des besoins et nécessités, ils peuvent être envoyés sur des exploitations installées sur tout le territoire. Seuls les hommes en service actif et réservistes sont exclus de ce système. Cette exclusion prend fin le 24 février 1916 avec la dépêche du ministre de l’Agriculture qui, en accord avec le ministre de la Guerre, autorise des permissions individuelles aussi bien aux soldats territoriaux et aux actifs qu’aux réservistes. De plus, 2500 chefs d’exploitation sont envoyés sur le territoire et les effectifs des compagnies agricoles militaires sont doublés dans les zones armées.

Le besoin de main-d’œuvre se fait cruellement sentir et l’Etat essaye de mettre à profit tout le personnel susceptible d’être affecté aux travaux des champs les plus urgents. C’est ainsi qu’il faut également ajouter la main-d’œuvre militaire volante (troupes cantonnées en régions et inoccupées, qui sont mises à la disposition des agriculteurs).
Chaque militaire en permission reçoit une indemnité journalière. En juin 1916, cette indemnité s’élève à 1 franc pour les militaires des armées et à 1,71 francs pour les militaires stationnés et en formation.

Il existe également le sursis agricole accordé aux spécialistes jugés indispensables à la bonne marche de l’agriculture. Ce sursis retarde l’envoie au front de quelques classes mais permet de maintenir un certain niveau de production.
Tandis que les prisonniers de guerre sont réquisitionnés, les civils restés à l’arrière peuvent être, à leurs demandes, mobilisés pour ces travaux. Ils sont alors gérés par l’Office National de la main-d’œuvre agricole situé à Paris.
A Troyes, le maire a mis des terrains (situés aux Hauts-Clos et rue du Voyer) à la disposition des habitants pour qu’ils puissent les cultiver s’ils le souhaitent. Une trentaine de civils se sont portés candidats.

Arrêté sur le ravitaillementVoir l'image en grand Arrêté sur le Ravitaillement de l’Armée et Alimentation de la Population civile. Déclarations relatives à la récolte de 1915. Dressé par le Préfet de l’Aube, 25 juin 1915. Affiche papier, 44,1x55,7 cm. Cote archives 4H91

Afin de mettre en place un relais au plus près des agriculteurs, l’Etat demande par décret du 2 février 1916, la constitution dans chaque commune d’un Comité d’Action agricole prévu pour le temps de la guerre. Sans réel pouvoir, ce comité est chargé de mettre en culture toute terre inexploitée, d’aider les agriculteurs à trouver de la main-d’œuvre, des financements, des semences et du matériel.
A Troyes, ce comité est adopté et constitué lors de la séance du Conseil municipal du 20 mai 1916. Présidé par le maire, neuf membres, tous issus du monde agricole, le composent.

Le 6 avril 1916, le Directeur des Services Agricoles de l’Aube annonce aux maires du département que tout a été mis en œuvre pour que chaque parcelle de terrain en friche soit cultivée et pour trouver de la main-d’œuvre. Il fait également le constat suivant : plus de 500 soldats des troupes d’étapes ou de la 20e région, et près de 350 chevaux ont été répartis dans l’Aube.

 

Pour pallier déjà les premiers abus, une circulaire de mai 1916, prévoit la mise en place d’une procédure stricte pour la délivrance des permissions agricoles. Ainsi, le maire et le vice-président du Comité d’Action agricole doivent signer un certificat qui est ensuite envoyé à la personne concernée. Ce certificat est obligatoire pour obtenir une permission par la suite. Toutes les semaines, le préfet reçoit de la part du maire la liste nominative des certificats. Il la transmet à son tour à la Commission départementale de la main-d’œuvre agricole. Cette commission distribue la liste nominative à la gendarmerie qui est alors chargée de contrôler les certificats et le travail des permissionnaires.

Permission agricoleVoir l'image en grand Correspondance militaire accordant une permission agricole de 15 jours au soldat Paul BOUVET. Adressée par l’Officier d’Administration de 1er Commandant au Maire de Troyes, le 16 avril 1916, Sotteville. Papier, 15,4x20,1 cm. Cote archives 4H95

Le niveau de production est également très surveillé et contrôlé. Dans le cadre du Plan Départemental de Ravitaillement, chaque commune doit évaluer ses stocks agricoles à des fins de défense nationale aussi bien pour le ravitaillement des troupes que pour celui de la population civile. Ainsi, les statistiques annuelles réalisées dans l’Aube donne une vue d’ensemble des cultures pendant la guerre. Entre 1914 et 1918, le territoire troyen passe 35 à 16 hectares de blés et froment cultivés, de 5 à 3 hectares d’orge, de 17 à 8 hectares d’avoine, de 7 à 8 hectares de pommes de terre ou encore de 1 à 4 hectares de betteraves fourragères. Sur la même période, concernant l’élevage en ferme, on passe de 40 à 58 chevaux, de 245 à 104 vaches et de 94 à 14 porcs. De manière générale, le nombre de terres cultivables et les troupeaux ont tendance à diminuer. Seule la pomme de terre et la betterave se développent et le nombre de chevaux augmente.

A la sortie de la guerre, la situation est assez précaire puisqu’« une partie du sol de France n’est plus cultivée ; quantité de parcelles de terres sont abandonnées et de nombreuses exploitations sont négligées, certaines mêmes sont totalement incultes. Il en résulte une réduction appréciable de notre production agricole et de graves difficultés pour le ravitaillement de la population civile et des Armées. » Extrait d’une instruction publiée par le Commissaire à l’Agriculture le 14 juillet 1918, elle doit permettre d’appliquer la loi du 4 mai 1918. Celle-ci concerne la mise en culture des terres abandonnées et repose sur plusieurs dispositions : réquisition des terres lorsque le propriétaire ou l’exploitant est incapable de cultiver sa terre correctement, prêt d’argent sans intérêt, attribution de main-d’œuvre et d’engrais appartenant à l’Etat pour les parcelles incultes. Ces dispositions sont supervisées par les Comités Départementaux d’Action agricole, nouvellement créés. Ce comité a également la mission d’attribuer les terres abandonnées ou négligées en les soumettant à la location avec accord ou non du propriétaire.

Le 9 décembre 1924, la parution de l’instruction ministérielle sur la préparation et l’exécution du ravitaillement au moyen des ressources du territoire national, impose la réalisation annuelle, pour chaque commune, d’un état des lieux des stocks du commerce. Ce document, devant servir pour établir des statistiques, doit mentionner les quantités moyennes de denrées spécifiques (blé, farine de blé, avoine, céréales, seigle, orge, foins, paille, fourrage, houille, lard, saindoux, riz, légumes secs, sel, chocolat, sucre, café, vin) présentes et disponibles chez les industriels, dans les magasins de coopératives et les commerçants et négociants en gros, en cas de nouvelle guerre.

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