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Septembre 2017 : 40 bd Victor Hugo (actuel 15 bd du 1er RAM)

La famille JOFFROY-DAMOISEAU vit dans la même rue depuis 1881. D’abord installée au 27 Mail de la Tour Boileau, la voie change de nom pour devenir Boulevard Victor Hugo. Noël Ernest JOFFROY-DAMOISEAU est toujours resté à proximité de l’usine familiale spécialisée dans la fabrication de machines de bonneterie, au point d’y habiter avec sa femme Clémence Marthe Marie Thérèse DAMOISEAU. Lorsque l’entreprise JOFFROY-DAMOISEAU devient JOFFROY-DAMOISEAU et HUOT, en 1891, la famille déménage au 40 boulevard Victor Hugo.

Au début de l’année 1909, Noël Ernest JOFFROY-DAMOISEAU décide de se faire construire une maison de style art nouveau à l’emplacement de celle qu’il occupe déjà. Pour cela, il s’adresse à un architecte parisien, Monsieur DANEST. Il s’agit probablement d’Edouard DANEST, né à Neuilly-sur-Seine le 19 novembre 1862 et marié à l’écrivain Célestine Virginie DONIAU, il a participé au renforcement des moyens de défense de Paris pendant la Première Guerre mondiale avant son décès en 1916.

Les plans de la nouvelle demeure étant finalisés et validés à la fin de l’année 1909, la construction de la maison débute en 1910 et se termine en 1911.

Les plans de façades relativement détaillés permettent de remarquer que l’ensemble des jambages[1], des chaines[2] d’angles et les linteaux[3] en plate-bande semblent être en pierres de taille. Toutes les fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage sont rectilignes, la porte d’entrée et toutes les ouvertures au niveau du toit sont en arc surbaissé[4]. Sept sont des lucarnes pendantes[5] (également dite meunières), une est une lucarne rampante et une minuscule ouverture carrée, servant probablement pour la ventilation, est désignée comme châssis à tabatière[6]. La toiture plate est bordée par quatre cheminées.

Les plans indiquent qu’une frise doit être insérée juste en dessous du toit, entre les fenêtres du premier et du second étage.

Plan façade postérieure 40 bd Victor HugoVoir l'image en grand Plan de la façade postérieure et latérale droite à l’échelle 0.02 pm pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Joffroy-Damoiseau. Dressé par l’architecte Monsieur Danest, à Paris, le 20 août 1909. Papier, 75x53,3 cm. Cote archives 4O241

Plan façade principale 40 bd Victor HugoVoir l'image en grand Plan de la façade principale et plan de coupe à l’échelle 0.02 pm pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Joffroy-Damoiseau. Dressé par l’architecte Monsieur Danest, à Paris, le 20 août 1909. Papier, 75x52,6 cm. Cote archives 4O241

Une fois passer le perron, la maison s’ouvre sur un vestibule, suivi par un immense hall et un escalier central à balustrades qui dessert tous les étages. A chacun d’entre eux, la distribution des pièces s’articule tout autour de cet ensemble. A gauche du hall, un dégagement permet d’accéder à un office, un lavabo, des WC et une cuisine, alors qu’à droite se trouve un cabinet de travail et un petit

salon, tous deux agrémentés d’une cheminée. Le mur du petit salon donnant sur l’extérieur est légèrement bombé, faisant penser à un oriel[7]. En face du vestibule, un grand salon et une salle à manger ont été aménagés ; ils donnent accès à une terrasse et à un jardin par un escalier monumental. En dehors de la cuisine, des WC, du lavabo et de l’office, toutes les autres grandes pièces de vie disposent de portes intérieures à deux vantaux.

Plan de masse du rez-de-chaussée du 40 bd Victor Hugo Plans de masse à l’échelle 0,02 pm du rez-de-chaussée et du premier étage pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Joffroy-Damoiseau. Dressé par l’architecte Monsieur Danest, à Paris, le 21 juillet 1909. Papier, 75x53 cm. Cote archives 4O241

Au premier étage, le palier galerie, dont l’espace dégagé permet d’avoir une vue ouverte depuis la cage d’escalier, est au centre de l’espace nuit spécialement aménagé pour la famille. Composé d’une grande chambre à coucher, d’une chambre réservé à « Mademoiselle » et d’une troisième chambre, cet espace occupe pratiquement tout l’étage. De plus, chacune des chambres est équipée d’une cheminée et d’une surface attenante privative servant de toilettes avec rangements et armoires intégrés. Le reste de l’étage est organisé de telle façon qu’un couloir dessert des WC, une salle de bain et une lingerie. Une courette, munie de trois fenêtres, forme un puits de lumière avec le mur mitoyen de la construction annexe qui monte jusqu’au toit.

Le deuxième étage, situé sous les combles, est accessible grâce à l’escalier central qui amène sur un large palier. De la même manière que les autres étages de la maison, ils permettent la distribution de l’ensemble des pièces autour d’eux. Ainsi, on retrouve une grande chambre d’amis équipée d’une cheminée et d’un emplacement « Toilette », une salle de billard, trois chambres de domestique dont deux possédant une cheminée. Un petit couloir permet l’accès aux WC et un dégagement mène sur une terrasse. On retrouve également la courette.

Plan de masse du sous-sol du 40 bd Victor HugoVoir l'image en grand Plans de masse à l’échelle 0,02 pm du sous-sol et du deuxième étage pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Joffroy-Damoiseau. Dressé par l’architecte Monsieur Danest, à Paris, le 18 octobre 1909. Papier, 75x53 cm. Cote archives 4O241

Le sous-sol est organisé autour de l’escalier et d’un dégagement relativement grand, autour desquels sont articulés un bûcher, quatre caves, un calorifère qui propage la chaleur dans la maison et une buanderie.

Monsieur Noël Ernest JOFFROY est né le 23 octobre 1851 à Chaource, bien que ses parents habitent à Chavanges. Employé de bonneterie lors de son mariage le 24 avril 1877 avec Clémence Marthe Marie Thérèse DAMOISEAU née à Troyes, le 7 novembre 1856, il exerce le métier de manufacturier lors de la naissance de ses enfants, Madeleine Marie Amélie née le 30 avril 1891 et Gaston Emile né le 24 octobre 1892. A sa mort le 7 janvier 1939, alors âgé de 87 ans, il était devenu industriel. Joséphine SOMMIER née en 1860 à Chassigny, dans la Haute-Marne, travaille pour la famille JOFFROY-DAMOISEAU ; d’abord domestique, elle devient cuisinière à l’arrivée de Mélanie CARMANTIEZ, femme de ménage, née en 1866 à Boulay-Moselle, en Moselle.

En juin et juillet 1947, afin d’honorer la mémoire du 1er Régiment d’Autos-Mitrailleuses, la partie du boulevard Victor Hugo comprise entre le boulevard de Belgique (actuellement boulevard Charles Delestraint) et l’avenue Pierre Brossolette est renommée boulevard du 1er RAM. La Ville souhaite à cette occasion modifier la numérotation des maisons ; c’est ainsi que le 40 boulevard Victor Hugo devient le 15 boulevard du 1er RAM.

Plan d'alignement du 40 bd Victor HugoVoir l'image en grand Plan d’alignement à l’échelle 0.002 pm pour le projet de remaniement du numérotage des immeubles bordant le boulevard du 1er RAM. Dressé par l’ingénieur en chef et directeur des services techniques municipaux de Troyes, le 31 juillet 1947. Papier, 62,6x29 cm. Cote archives 1O708

En 1957, Monsieur Marcel TIROLE, père de Jean TIROLE prix Nobel d’économie 2014, propriétaire de cette maison, décide de démolir la remise en fond de parcelle afin d’y construire deux garages.

De nos jours, la maison n’est plus une habitation privée mais est devenue un laboratoire d’analyses médicales. La construction d’origine a subi peu de modifications extérieures et les plans d’origine sont relativement bien respectés. Seule la frise n’a pas été réalisée au moment de la construction et une porte a été rajoutée, tout à gauche sur la façade principale. Les rares agencements réalisés a posteriori sont cependant assez imposants et importants. Toutes les ouvertures ont été modernisées, un ascenseur a été aménagé à la place de la courette et une véranda a été posée en 2004 au niveau de la terrasse du rez-de-chaussée, située entre la façade donnant sur la cour intérieure et l’escalier monumental permettant d’y accéder.

Cotes archives :
1O816, 4O241, 3O466 n°1560, 1370W60, 1737W7, PER10 1888-1889, PER10 1898-1899, PER10 1900-1901

Source bibliographique :
Archives départementales de la Somme, "Dons de mémoire" 2013-69 : archives de la famille Danest, cote 134J94 http://recherche.archives.somme.fr/ark:/58483/a011433426401GFCDSE

[1] Jambage : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5251

[2] Chaîne d’angle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEnage

[3] Linteau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5558

Le fait qu’il soit en plate-bande, signifie qu’il a une forme droite et horizontale

[4] Arc surbaissé : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=521

[5] Lucarne pendante ou meunière : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucarne

[6] Châssis à tabatière : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tabati%C3%A8re_(architecture)

[7] Oriel : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=6391


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