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Aout 2017 : Villa Courtalon

Villa Courtalon et Villa Moderne constituent des rues anciennement privatives, formant un U à base carré, et bordées par un ensemble de maisons d’un style architectural uniforme.

L’ensemble se trouve dans un quartier industriel (typique du XIXe siècle), appelé quartier Bégand délimité par les rues Bégand et Courtalon, situé à côté de la gare pour des raisons pratiques de transport de matières premières et de produits finis. Les maisons des patrons se trouvent à côté des usines et celles des ouvriers un peu plus loin. Cependant, le petit îlot formé par les Villas Moderne et Courtalon regroupe majoritairement des classes sociales de moyenne et haute bourgeoisie, avec des familles de représentants et d’ingénieurs ainsi que des patrons d’usines industrielles.

Les terrains, compris à l’origine entre le n°8 et le n°18 rue Courtalon, ont été vendus par Henri Hervé VINOT, ancien négociant, le 21 avril 1896 et par Hyacinthe GOUGE, ancien fabricant de bonneterie, le 16 avril 1897. Acquis d’un côté par Alexandre Georges BONBON et de l’autre, par Gaston Anatole DELOSTAL, ces deux industriels, qui possèdent des usines de bonneterie à proximité, s’associent dès le 7 mai 1898, sous la forme d’une société, appelée Société Civile Bonbon-Delostal.

Messieurs BONBON et DELOSTAL projettent de diviser le terrain en divers lots et de les proposer à la vente au détail. A cet effet, un premier cahier des charges fixant les clauses et les conditions de vente est rédigé. Malheureusement, l’association des deux hommes prend fin le 11 septembre 1899, suite au décès d’Alexandre Georges BONBON, laissant Gaston Anatole DELOSTAL seul propriétaire des parcelles non vendues. Un second cahier des charges, établi par Monsieur DELOSTAL et Madame AVELINE, son épouse, remplace le précédent, dès le 9 janvier 1900. Dès 1897 et 1899, Anatole DELOSTAL fait installer l’eau courante sur les terrains qu’il acquiert avec son associé Georges BONBON. Ce n’est qu’en 1909, une fois les voies Villas Moderne et Courtalon totalement construites, qu’il fait installer des canalisations et des appareils d’éclairage au gaz. Les deux réseaux sont notamment rachetés par la Ville de Troyes au début de l’année 1910. 

 

Voir l'image en grand Plan de masse à l’échelle 0.002 pm de la Villa Courtalon et de la Villa Moderne. Dressé par le Directeur des Services Techniques Municipaux, le 25 novembre 1912. Calque, 45,6x36,5 cm. Cote archives 1O328

 

La maison souhaitée par Octave Firmin THIEBLEMONT est réalisée d’après les plans datés du 16 et 20 mai 1908 de l’architecte troyen Jean Félix BOUTON (voir biographie document du mois d’avril 2017), et construite en 1909, à l’angle des rues Villa Moderne et Villa Courtalon, plus précisément à l’adresse 13 Villa Moderne à Troyes.

 

Octave Firmin THIEBLEMONT est né le 8 janvier 1863 à Précy-Saint-Martin. Clerc de notaire depuis 1881, il épouse Marie-Hélène DRET le 26 juillet 1892 à Troyes. De cette union nait Robert, le 29 janvier 1897. Le couple est alors domicilié au 22 rue Courtalon à Troyes, résidence se situant à proximité de la Villa Courtalon et Villa Moderne. Au moment de leur emménagement, il occupe le poste de chef de Syndicat de Liquidation. Ils n’y vivent que tous les trois, sans aucun domestique ni femme de chambre, jusqu’au départ de leur fils Robert. Envoyé sur le front belge pendant la Première Guerre mondiale, il est tué à l’ennemi lors des combats de Locre le 26 avril 1918 et est déclaré « Mort pour la France ». Il était alors caporal de la 6ème Compagnie du 414ème Régiment d’Infanterie. N’ayant pas eu d’autres enfants, les époux THIEBLEMONT ont vécu seuls dans la maison. Veuf de Marie-Hélène DRET, décédée le 5 décembre 1922 à Troyes, il se remarie le 24 novembre 1930 à Troyes avec Yvonne Marguerite Marcelle BONCLERE, institutrice, née à Saint-Phal le 12 février 1896. Devenu administrateur de société, Octave Firmin THIEBLEMONT décède à son domicile au 13 Villa Moderne, le 13 mars 1944 à l’âge de 81 ans.

 

Au pied de la façade principale de la maison se trouve un imposant perron de 6 marches en forme d’angle droit adouci. Celui-ci est surmonté d’une marquise. Peu d’indications sont fournies concernant les ouvertures mais on peut constater que toutes les fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage, ainsi que la porte d’entrée et la porte arrière sont en arc surbaissé[1]. Seules les trois lucarnes du toit sont rectangulaires, deux d’entre elles sont des lucarnes rampantes[2] et la dernière est une lucarne jacobine[3]. Le toit, de forme mansardée est, quant à lui, décoré de pignons et orné de trois cheminées. Cette maison très bourgeoise, se distingue par sa modernité. En effet, la présence de calorifères, d’un conduit d’aération, de l’eau courante, d’une toilette et de lavabos.

 


[1] Arc surbaissé : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=521

[2] Lucarne rampante : http://fr.archidictionary.com/index.php/Lucarne_rampante

[3] Lucarne jacobine : http://www.archidictionary.com/index.php/Lucarne_jacobine

Voir l'image en grand Plan de la façade principale et latérale pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Thiéblemont, Villa Courtalon. Anonyme, sans date. 57,5x43,6 cm. Cote archives 4Fi589

Voir l'image en grand Plan de la façade postérieure pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Thiéblemont, Villa Courtalon. Anonyme, sans date. Calque, 29,7x41,8 cm. Cote archives 4Fi590

Le sous-sol, identifiable avec les soupiraux visibles sur les façades, est accessible grâce à l’escalier intérieur et mène à une buanderie, munie d’un calorifère, à une cave avec un grand espace de rangement annexe et à un WC, jouxtant une pièce sans destination précise sur le plan.

Le rez-de-chaussée s’ouvre sur un large vestibule faisant face à un imposant escalier à deux quartiers tournants et agrémenté de grandes fenêtres à chaque palier, reliant les étages entre eux. A sa gauche se trouve deux vastes pièces équipées de cheminées, séparées par une porte vitrée et utilisées respectivement comme salon et salle à manger. A droite de l’entrée, un bureau a été aménagé et bénéficie également du confort procuré par une cheminée. Quant à la cuisine, celle-ci est placée entre le bureau et l’escalier.

Celui-ci nous amène ensuite sur le palier du premier étage, autour duquel sont articulés des WC, une salle de bain ainsi que trois chambres, deux grandes et une plus modeste. Celles-ci sont équipées de cheminées et possèdent chacune une ouverture sur l’extérieur. L’une d’elles bénéfice également d’un grand espace servant de toilette.

Au deuxième et dernier étage, les plans montrent une chambre et deux greniers dont les dimensions semblent relativement importantes pour des pièces sous combles. Un petit dégagement est également prévu en face de l’escalier sans fonction prédéfinie.

Pour plus de commodité, en 1922, Octave THIEBLEMONT se fait construire un garage pour automobile au n°9 rue Courtalon. 

Voir l'image en grand Plan de masse du sous-sol et du 2ème étage pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Thiéblemont, Villa Courtalon. Dressé par l’architecte Félix Boutin, le 20 mai 1908. Papier, 70x53,5 cm. Cote archives 4Fi592

Voir l'image en grand Plan de masse du sous-sol et du 2ème étage pour la construction d’une maison appartenant à Monsieur Thiéblemont, Villa Courtalon. Dressé par l’architecte Félix Boutin, le 16 mai 1908. Papier, 71,3x53,6 cm. Cote archives 4Fi591

Le 20 avril 1912, une délibération du Conseil municipal autorise l’incorporation de la Villa Courtalon dans la voirie urbaine publique. Seule la Villa Courtalon est concernée car son alignement est correctement effectué et que la circulation y est viable, contrairement à la Villa Moderne dont l’alignement n’est pas conforme. La Première Guerre mondiale ayant considérablement retardé la procédure, la délibération du conseil n’est entérinée par arrêté préfectoral qu’à la date du 6 septembre 1923 et ne prend effet qu’en 1925. Ce n’est qu’en 1981, que la Villa Moderne intègre, à son tour, la voirie publique.

Au regard de la maison actuelle, on peut remarquer que les plans d’origine ont été respectés. L’ensemble des linteaux[1] et des arcs de décharges[2] sont bien en arc surbaissé et, tout comme les chaines d’angle[3], ils sont en brique. De petites frises en mosaïque séparent également les fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage. L’extérieur a subi très peu de modifications mais on peut noter qu’une extension récente, respectant le style architectural de la maison, a été réalisée au rez-de-chaussée, à l’emplacement de la porte arrière.

 


[1] Linteau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5558

[2] Arc de décharge : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=495

[3] Chaîne d’angle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEnage

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