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Avril 2017

Maison 9 rue Diderot

Suite à l’annexion de la commune de Saint-Martin-Ès-Vignes en 1861 par la Ville de Troyes, celle-ci souhaite réaménager le quartier de l’ancien cimetière dit « Le Clamart » de façon plus pérenne et viable. Pour se faire, la Ville décide de mettre à jour la voirie en modifiant les alignements et en créant de nouvelles rues. Désirant notamment prolonger  la rue du Clamart (actuelle rue Diderot) jusqu’à la rue Gautherin, la Ville veut mettre en vente à partir de 1879, les terrains communaux correspondant à l’ancien cimetière et exproprier certains riverains au début des années 1880. La réalisation de cette prolongation se fait progressivement. Entre 1887 et 1889, les travaux prennent beaucoup de retard et sont interrompus par manque de budget ; ils n’aboutissent que tardivement, au début du XIXe siècle. 

Voir l'image en grand Plan à l’échelle 0,002 pm de la rue du Clamart et projection de son agrandissement. Extrait du plan d’alignement de la section de Saint-Martin-ès-Vigne comprenant la rue Clamart et son prolongement projeté jusqu’à la rue Gautherin. Dressé par l’agent-voyer en chef, le 15 juillet 1879. Papier, 62x31 cm.

L’ancien cimetière Le Clamart étant divisé en de multiples parcelles, la Ville de Troyes prévoit plusieurs ventes par adjudication. Déjà propriétaire, depuis le 11 août 1905, de deux lots contigus pour une surface de 405,01 m² située à côté de l’école communale de fille Diderot, Monsieur Jean Félix BOUTON acquiert, lors de l’adjudication du 11 septembre 1907, l’emplacement actuel de la maison, également sous forme de deux lots d’une surface de 593,41 m².

Voir l'image en grand Affiche pour la vente par adjudication pour les terrains à bâtir rue Diderot sur l’ancien cimetière de Clamart. Ville de Troyes, le 11 septembre 1907. Papier, 61,3x84,8 cm  Voir l'image en grand Plan de masse du premier étage à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 45x40 cm.

Né le 21 septembre 1862 à Saint-Martial-Le-Mont dans la Creuse, ce fils de maçon emménage avec ses parents à Droupt-Saint-Basle en 1872. Entre 1876 et 1881, il déménage avec sa famille à Sainte-Savine. D’abord employé-architecte, il devient architecte et possède son propre cabinet. Il est également membre de la Société des Architectes de l’Aube et conseiller municipal de Troyes de 1900 à 1904 et de 1908 à 1912. Son épouse, Marie Théoline Claire JABELY, née à La Rochette, également dans la Creuse, n’est autre que sa cousine germaine. De leur union naissent deux enfants : Jean Lucien Pierre, né à Sainte-Savine le 8 mai 1890, futur négociant en bonneterie à Nogent-sur-Seine, et Paul François Marcel, né aussi à Sainte-Savine le 19 décembre 1891 devenu commis-architecte chez son père. La famille BOUTON dispose de revenus suffisants pour employer, en 1911, les services d’une domestique, Jeanne CLIGNY, née en 1889 à Bricon en Haute-Marne ; puis en 1921, Eugénie SCHMIDT, née en 1900 à Winckel, dans le Haut-Rhin. Elles logent probablement au deuxième étage de la maison, dans la plus petit chambre.

Voir l'image en grand Plan de coupe des façades à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 65x49 cm

 Cette maison bourgeoise, édifiée en 1908 d’après les plans réalisés par le propriétaire et architecte Jean Félix BOUTON, comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée et deux étages.

La façade donnant sur le midi bénéficie de deux entrées. L’une, située au premier étage, ouvre sur un balcon couvert, et l’autre, accessible par un perron, est utilisée comme porte d’entrée principale de la maison et amène également au jardin.

Les deux façades et les chainages d’angles[1] sont prévus en pierre, alors qu’une partie des murs située juste en dessous de la toiture sur la façade au midi est en pan de bois. Toutes les fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage ainsi que la porte principale sont en arc surbaissé[2], tout comme leurs linteaux[3]. Seule la fenêtre située au-dessus de la porte d’entrée est à double ogive (géminée[4]). Enfin, on trouve quatre lucarnes au niveau de la toiture, une seule est en arc plein cintre[5] avec une clé d’arc[6] alors que les autres sont droites. Cependant, toutes les quatre ont un fronton[7], ainsi que des épis[8] de faîtage[9]. Deux conduits de cheminées sont également visibles.

Voir l'image en grand Plan de masse du sous-sol à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 42x35 cm


Les plans de la maison prévoient la construction d’un sous-sol divisé en cinq caves. Il est accessible par l’escalier principal depuis le vestibule du rez-de-chaussée, et par un escalier secondaire partant de la cuisine et permettant probablement l’accès direct à une pièce du sous-sol servant à entreposer les vivres. Une des caves accueille le calorifère qui distribue l’air chaud dans la salle à manger du rez-de-chaussée, et dans deux chambres à coucher, une au premier et une au second étage de la maison. La dalle de béton du perron est également matérialisée.

Le rez-de-chaussée est organisé autour d’un vestibule distribuant, à droite, le salon doté d’une cheminée, celui-ci communique directement avec un bureau, supposément celui de Jean Félix BOUTON ; à gauche du vestibule, la salle-manger, qui est ouverte sur le jardin à l’ouest, est également équipée d’une cheminée et se trouve attenante à la cuisine. Directement en face du vestibule, un escalier principal mène aux étages supérieurs.

Le rez-de-chaussée est organisé autour d’un vestibule distribuant, à droite, le salon doté d’une cheminée, celui-ci communique directement avec un bureau, supposément celui de Jean Félix BOUTON ; à gauche du vestibule, la salle-manger, qui est ouverte sur le jardin à l’ouest, est également équipée d’une cheminée et se trouve attenante à la cuisine. Directement en face du vestibule, un escalier principal mène aux étages supérieurs.

Voir l'image en grand Plan de masse du rez-de-chaussée à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 47x45 cm

Voir l'image en grand Plan de masse du premier étage à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 45x40 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrivé à droite de l’escalier, au premier étage, on trouve, en enfilade, des WC séparés puis une pièce qui a pour fonction toilette-bains. La présence de ces installations, modernes pour l’époque, répond à de nouvelles préoccupations en matière d’hygiène et de confort qui vont de pair avec le statut social des propriétaires. La plus grande chambre à coucher possède une cheminée ainsi qu’un accès direct à la pièce dite toilette-bain et à un petit balcon couvert privatif situé sur la façade au midi et donnant vue sur le jardin. Il s’agit probablement de la chambre de Monsieur et Madame BOUTON. A gauche de l’escalier, deux autres chambres sont également aménagées. De dimensions plus modestes, elles sont aussi munies de cheminées et l’une d’elles est, de plus, attenante à un cabinet de toilette. On peut supposer que ces deux dernières chambres sont destinées aux enfants du couple.

Au second étage, mansardé, on trouve à droite, un grenier, puis une grande chambre avec cheminée et un petit renfoncement pouvant servir de garde-robe.  A gauche, une autre chambre, plus réduite, sans pièce annexe ni cheminée, est aménagée. Elle doit surement être destinée au personnel.  En face du palier, un cabinet photographique est installé. Sa présence peut éventuellement nous renseigner sur l’une des passions de Félix BOUTON ou de l’un des membres de sa famille. D’autre part, la photographie qui est en plein essor en ce début de XXe siècle, reste encore un loisir réservé aux classes aisées.

A gauche du cabinet de photographie, une pièce de grande proportion est laissée sans destination.

Voir l'image en grand Plan de masse du deuxième étage à l’échelle 0,02 pm de la Villa Bouton. Dressé par l’architecte et propriétaire Jean-Félix Bouton, en 1908. Papier calque, 40x40 cm

 

En 1926, la famille vend la demeure à Robert Léon Francforts, négociant en bonneterie, et déménage au 23 rue Neuve de la République à Sainte-Savine. Jean Félix BOUTON y décède, à l’âge de 66 ans, le 5 avril 1929.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la maison est réquisitionnée par les autorités allemandes du 1er avril 1942 au 25 août 1944, date de la libération de Troyes par les Alliés. Suite aux combats et à l’explosion d’un convoi allemand de munitions, le quartier est entièrement ravagé et des maisons entières disparaissent. C’est le cas au 9 rue Diderot. L’habitation sinistrée, appartenant à Madame SCHALLER Hélène Rosa, doit être reconstruite. Une première demande est faite en novembre 1947, mais celle-ci est tout d’abord refusée, les plans étant considérés non conformes au niveau des conduits d’évacuation sanitaires et de cheminées. Une seconde demande, formulée en 1948, est finalement acceptée, permettant ainsi la reconstruction de l’immeuble de Madame SCHALLER. La maison ne ressemble plus du tout à celle conçue au XIXe siècle. Le chantier est entamé par l’entreprise de travaux publics et privés Les Etablissements Linville et Compagnie. Cette entreprise est chargée, après la Seconde Guerre mondiale, par le Ministère de la Reconstruction, de travaux d’urbanisme.

Peu de modifications sont entreprises depuis. Une extension est cependant réalisée en 1994 avec la construction de pièces aménagées, au-dessus du garage en fond de parcelle. 

 


 

[1] Chaîne d’angle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEnage

[1] Arc surbaissé : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=521

[1] Linteau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5558

[1] Géminée : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9min%C3%A9_(architecture)

[1] Arc plein-cintre : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=516

[1] Clé d’arc : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9_d%27arc

[1] Fronton : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=4540

[1] Epis : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=3902

[1] Faîtage : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=4127

 

Cotes archives : 4Fi573, 4Fi574, 4Fi575, 4Fi576, 4Fi577, 4O129, 1D50, 1O354, 1O151, 1T3, 2H97, 1212W44

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