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Janvier 2017

Maison 8 boulevard Gambetta

Cette demeure bourgeoise est édifiée en 1906, à la demande d’Albert-Hippolyte MATHIEU, fabricant de bonneterie.

Né le 15 novembre 1853 à Ervy, d’un père marchand épicier devenu propriétaire, Albert Hippolyte habite à Troyes, et exerce, à l’âge de 19 ans, le métier d’employé de bonneterie. De 1876 à 1882, il travaille en tant que voyageur de commerce en bonneterie, date à laquelle il déménage au 25 rue de Paris à Arcis-sur-Aube et devient fabricant et négociant de bonneterie. Cette même année, il épouse le 11 avril, à Dunkerque, lieu de résidence de son frère fabricant de passementeries, la fille d’un marchand mercier, Charlotte Louise LEGOUX, née dans cette même ville, le 7 novembre 1865. De cette union naissent, le 13 juin 1883, Nicolas Albert Louis MATHIEU puis, le 18 mai 1887, Gabrielle Augustine Charlotte MATHIEU.

En 1906, Albert-Hippolyte, devenu alors industriel, conseiller d’arrondissement à Arcis-sur-Aube ainsi qu’officier d’académie, décide de faire construire une maison bourgeoise située au 8 boulevard Victor Hugo à Troyes, d’après les plans dressés par l’architecte Jean-Félix BOUTON. Né le 21 septembre 1862 à Saint-Martial-Le-Mont (Creuse), cet employé-architecte est également membre de la Société des Architectes de l’Aube et conseiller municipal de Troyes de 1900 à 1904 puis de 1908 à 1912. Jean-Félix BOUTON dessine les plans de la maison du 21 rue Argence, destinée à Monsieur Edmond BAILLOT, clerc de notaire et témoin au mariage d’Albert-Hippolyte.

Janvier-2017-Plan-alignement-bd-gambettaVoir l'image en grand
Plan d’alignement à l’échelle 0,005 pm de la chaussée du Boulevard Gambetta comprise entre le Canal de la Haute-Seine et la rue de la Paix. Projet d’établissement de caniveaux en dalles avec pavage de garantie. Extrait montrant le 8 boulevard Gambetta. Dressé par le Directeur du Service municipal de la Voirie, le 22 novembre 1904. Papier calque, 177,3x31,2 cm. Cote archives 1O418

Dans les années 1880, le 6 et 8 boulevard Gambetta ne forment qu’un seul et même bâtiment, bien que celui-ci s’étende sur les deux parcelles. Le 8 boulevard Gambetta a toujours abrité des familles de négociants en vins et des distillateurs, comme la famille CHATRON jusqu’en 1886-1887 et la famille de Nicolas HOURSEAU entre 1895 et 1905. Cette année-là, c’est Alexandre DUPONT, négociant de vin en gros, sa femme Mathilde GUBLIN et leur fille Marguerite qui y habitent et reprennent l’activité. Cependant, ils font faillite un an plus tard. La totalité de l’immeuble, situé à la fois aux adresses 6 et 8 boulevard Gambetta, est alors racheté en 1906 par Albert-Hippolyte MATHIEU. Il décide d’y faire construire une maison d’habitation et de scinder la seconde parcelle entre le 6 et le 6 bis afin d’y aménager des logements ainsi qu’un fonds de commerce abritant notamment le Café des Entractes.

La maison est habitée dès 1908 par Albert-Hippolyte et son épouse ; Leur fils, clerc de notaire à Arcis-sur-Aube, et leur fille, mariée en 1907 à l’industriel Louis-Emile GILLIER, ne vivent plus dans la demeure familiale. Ils emploient successivement plusieurs domestiques.

Janvier-2017-Recensement-1931Voir l'image en grand

Recensement au 8 boulevard Gambetta. Extrait du registre de recensement de 1931, 2e canton, Troyes. Cote archives 1F71

Albert-Hippolyte MATHIEU décède à son domicile à l’âge de 86 ans le 27 février 1940. Sa maison est réquisitionnée par les Autorités allemandes, quinze jours à peine après l’invasion de la Ville de Troyes par les troupes militaires. Occupée du 25 juin 1940 au 31 décembre 1942, la famille n’a pas d’autre choix que de retourner vivre à Ervy-le Châtel.

  Janvier-2017-Deces-MathieuVoir l'image en grand Acte de décès d’Albert-Hippolyte MATHIEU. Extrait du registre des décès de 1940, Ville de Troyes. Non coté

Le premier plan représente la façade donnant sur le boulevard Gambetta. Construite en pierre et en brique, celle-ci s’étend sur trois niveaux. On remarque à droite de l’escalier, un soupirail laissant supposer l’existence d’un sous-sol semi-enterré.L’accès se fait par un perron. La porte d’entrée est surmontée d’un fronton. Le style des fenêtres au rez-de-chaussée est en accord avec celui de la porte d’entrée et des fenêtres du premier étage, bien que celles-ci soient agrémentées de balustrades. De plus, l’ouverture, située au-dessus de la porte, possède une forme particulière double. Ces fenêtres géminées (1) ont, toutes les deux, un arc plein cintre (2) et sont séparées par une colonne engagée (3). Une frise horizontale parcourt toute la façade le long du toit, sous le chéneau (4). Celle-ci marque la délimitation entre la structure de la charpente et celle des murs. Le toit mansardé bénéficie de deux lucarnes-frontons (5) et d’un œil-de-bœuf (6). Leur décoration est beaucoup plus ostentatoire que celle des précédentes ouvertures. Enfin les ardoises du toit sont surmontées d’un faitage (7) ouvragé probablement en fer forgé ainsi que d’une girouette. Trois conduits de cheminées sont également visibles sur le plan de la façade principale.

Janvier-2017-Plan-facade-8-bd-gambettaVoir l'image en grand

Plan à l’échelle 0,02 pm de la façade principale située 8 boulevard Gambetta pour le propriétaire Albert-Hippolyte Mathieu. Dressé par l’architecte Jean-Félix Bouton, sans date. Papier, 55x72 cm. Cote archives 4Fi593

Le deuxième plan montre la distribution du rez-de-chaussée. Le vestibule conduit, à gauche vers un très grand salon-salle-à-manger-terrasse qui occupe toute la longueur de la maison soit environ la moitié de la surface du rez-de-chaussée et conduit, à droite, vers un bureau puis un escalier desservant les étages et enfin vers un office et la cuisine.

Un escalier extérieur destiné au personnel est matérialisé.On remarque trois cheminées (deux dans le salon-salle-à-manger et une dans le bureau), des W-C avec lavabo ainsi que la gazinière et l’évier sont également représentés.

Janvier-2017-Plan-rdc-8-bd-gambettaVoir l'image en grand

Plan de masse à l’échelle 0,02 pm du rez-de-chaussée, de la maison située 8 boulevard Gambetta pour le propriétaire Albert-Hippolyte Mathieu. Dressé par l’architecte Jean-Félix Bouton, en 1906. Papier, 55x72 cm. Cote archives 4Fi594

Le dernier plan détaille le premier étage.L’escalier débouche sur un vestibulecentraldistribuant en face une antichambre permettant l’accès à une grande chambre située côté jardin.Celle-ci est attenante à une garde-robe prolongée par une salle-de-bain. Face à l’escalier une autre chambre à coucher, contigüe de la précédente, mais sans accès direct, fait un angle avec la façade côté boulevard.La dernière chambre, située au-dessus-du bureau du rez-de-chaussée, est équipée de deux lits jumeaux et bénéficie d’un cabinet de toilette. Ce dernier est également accessible depuis le vestibule, tout comme les secondes toilettes de la maison.

Janvier-2017-Plan-1er-etage-8-bd-gambettaVoir l'image en grand

Plan de masse à l’échelle 0,02 pm du premier étage, de la maison située 8 boulevard Gambetta pour le propriétaire Albert-Hippolyte Mathieu. Dressé par l’architecte Jean-Félix Bouton, en 1906. Papier, 53x70 cm. Cote archives  4Fi595

Le plan du second étage, situé sous les combles, est malheureusement absent.

La description du plan de la façade permet de réaliser un comparatif avec la façade actuelle. Les chaînes d’angles (1) et de refend (2) horizontales diffèrent du plan de façade d’origine, sauf pour le jambage (3) de la porte d’entrée. Actuellement, les linteaux en arc surbaissé délardé (4) des fenêtres ne correspondent pas au plan de la façade d’origine. Les clés des arcs(5), bien que prévues avec des formes géométriques, sont décorées en arabesques et remontent sur l’arc de décharge en plate-bande (6). Les clés du rez-de-chaussée sont plus imposantes que celles du premier étage, alors inexistantes sur le plan.

La porte d’entrée possède un arc plein cintre décoré avec un claveau central (7) (clé d’arc) massif, à l’ornementation plus détaillée et plus dense. Le plan d’origine ne prévoyait, à l’instar des fenêtres, qu’un linteau plate-bande (8). Il devait être surmonté d’un fronton qui n’a, soit jamais été réalisé, soit  a été supprimé ultérieurement. L’architecture de la fenêtre géminée rappelle celle de la porte d’entrée en bois à deux battants arqués et permet de marquer une transition entre ce style et celui de l’œil-de-bœuf installé au niveau du toit.

Les fenêtres du premier étage diffèrent par la présence de balustrades en fer forgé, initialement prévues en pierre. Une frise décorative représentant des fleurs de lys blanches sur fond bleu, entrecoupée de briques, remplace le bandeau horizontal, prévu, au début, d’un seul tenant. La lucarne-fronton située sur la toiture déportée est finalement transformée en lucarne à gâble[9]. Contrairement à ce qu’indique le plan de façade, le faitage n’est pas surmonté d’un ouvrage en fer forgé ni d’une girouette. Ces éléments de décoration ne sont plus visibles aujourd’hui, soit parce qu’ils n’ont jamais été ajoutés au moment de la construction, soit enlevés depuis. Trois conduits de cheminées sont également visibles sur le plan de la façade principale, cependant seul deux ont été réalisés à ce jour. On peut donc se poser la question concernant la présence réelle des trois cheminées représentées sur le plan du rez-de-chaussée.

 

[1] Géminée : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9min%C3%A9_(architecture)

[2] Arc plein-cintre : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=516

[3] Colonne engagée : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=2410

[4] Chéneau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=2149

[5] Fronton : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=4540

[6] Œil-de-bœuf : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=6326

[7] Faîtage : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=4127

[8] Chaîne d’angle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEnage

[9] Chaîne de refend : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_de_refend

[10] Jambage : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5251

[11] Linteau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=5558
Arc surbaissé : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=521
Le fait qu’il soit délardé, signifie que les côtés sont biseautés

[12] Clé d’arc : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9_d%27arc

[13] Arc de décharge : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=495
Le fait qu’il soit en plate-bande, signifie qu’il a une forme droite et horizontale

[14] Claveau : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=2283
Egalement synonyme de clé d’arc

[15] Le fait qu’il soit en plate-bande, signifie qu’il a une forme droite et horizontale

[16] Fenêtre à gâble : http://www.editions-eyrolles.com/Dico-BTP/definition.html?id=4579

 

 

Cote archive : 4Fi593,  4Fi594, 4Fi595, 4O17, 1O417, 1O418, 2H97, 1F38, 1F41, 1F44, 1F47, 1F53, 1F56, 1F59, 1F62, 1F65, 1F68, 1F71, 1K200, 1K214, 1K217, 1K220, 1K223, 1K226, 1K229, 1K233, 1K235, 1K238, 1K241, 1K256, 1K259, 1K262, 1K265, 1K268

Bibliographie :
- DE VIGAN Jean, Le Petit Dicobat, dictionnaire général du bâtiment, Editions Arcature, 1994, Ris-Orangis, 957 p

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